A propos du fusain…

A propos du fusain…

Utilisant tous les contrastes offerts par une utilisation sans faille du fusain, Muriel Patarroni invite le spectateur à la contemplation d’œuvres dans lesquelles s’exprime son rapport à la nature mais aussi son goût pour les ambiances cinématographiques.

Friable, poudreux, et sec, le fusain est l’outil de l’aube des hommes. Primordial et simple, il permet toutes les expériences. Jouant sur les effets d’effacement, de recouvrement, de grattage ou de rayure, l’artiste donne un souffle lyrique à ses dessins et s’approche ainsi des émotions narratives que l’on peut ressentir tout aussi bien dans une salle obscure que dans un sanctuaire rupestre.

Ouvrant le champ de l’interprétation sans se dessaisir de leur mystère, les larges compositions de Patarroni invitent le spectateur à une certaine forme de lâcher prise et de dérive. Absorbé par l’apparente virginité de ses paysages de neige, il est amené à faire son propre chemin au milieu des forêts, et à laisser l’empreinte de son regard sur ses vastes espaces sauvages.

L’humain, quant à lui, n’apparaît pas directement. Tout juste une voiture, emportée par une crue, flotte-t-elle sans but sur une rivière pourtant calme sous le regard majestueux d’un cerf. Ici, rien n’est ni noir ni blanc, et le contraste et le calme ne sont qu’apparents. Au contraire, les œuvres de Muriel Patarroni sont volontairement ambigües, elles amènent le spectateur à un point d’équilibre et lui laissent le choix de faire la bascule entre ses propres peurs, ses propres rêves, son propre rapport au monde.

Juillet 2013

Jean-Daniel Mohier